Le trail, la montagne, points de vue de Chamonix aux sentiers du monde

Chamonix, vallée du Trail. La capitale de l'alpinisme réoriente sa communication ; à juste titre je pense. L'alpinisme, ou la haute montagne a beaucoup moins d'adeptes qu'auparavant ou en tout cas l'engouement pour le nouveau sport "trail" amène de nombreux adeptes qui deviennent majoritaires par rapport aux premiers et Chamonix n'est pas dupe. De plus la formidable vitrine qu'offre l'UTMB est du pain béni !

Mon métier est celui de guide de haute montagne. J'ai donc un regard aiguisé par rapport à cette tournure d'un retour à la montagne. En effet, passionné de montagne, je considère particulièrement que ce milieu est à la fois unique et multiple ! Par unique je veux dire surtout qu'il est à percevoir dans son ensemble. En tout cas c'est comme cela que je l'ai  toujours perçu, est ce à dire qu'il n'y a pas de petite et de haute montagne. Exactement, la haute montagne n'est pas mieux que la plus basse, elle est un autre domaine de cet ensemble. La Montagne est variée et toutes ses formes amènent des pratiques et des plaisirs différents. Elle amène en particulier le plus important, à savoir une connaissance de soi en nous poussant dans nos retranchements à force de vouloir la traverser ou la gravir, et donc surtout elle nous permet de nous élever (au 2 eme sens du terme...) avec l'intégration de valeurs louables telles le goût de l'effort, le respect et l'humilité envers la nature, etc... .Je suis un guide particulier car je suis aussi un trail runner. Je ne suis pas le seul. En revanche je le suis depuis très longtemps et ma vieille passion m'a permis d'en voir l'évolution et aussi d'avoir eu la chance d'en être un acteur privilégié. Je dirais, suite à ces observations, que le trail a amené une autre population à la montagne. Et c'est très bien : à l'esprit trail, ressenti et particulier mais difficilement définissable, vient s'ajouter l'esprit montagne. Certes ce n'est pas encore celui de la cordée. Cependant rares sont les compétitions de nos jours où existent l'entraide et la solidarité. Pourtant ici c'est le cas.

Sans être de l'alpinisme le trail est donc (aussi, mais pas que !) une activité de montagne, et Chamonix et sa vallée ne communique pas uniquement vers une manne mais bien pour cette valeur ou esprit "montagne". 

Un des atouts majeurs de la vallée est cette épreuve de référence qu'est l'UTMB®. Elle est un point de ralliement. J'ai habité 12 ans dans cette vallée et je ne crois pas avoir fait tous les chemins, alors oui il y a de quoi faire. En plus de la multitude il y a la variété comme le terrain (technique ou roulant), les dénivelés (fort ou moindre, et même le plat), les différents sites proches les uns des autres. De plus tout en se retrouvant très vite dans des coins sauvages voire austères (ce qui nous apprend beaucoup), les moyens logistiques et de communication sont relativement aisés afin d'organiser son séjour sportif.

En revanche Chamonix n'a pas le monopole du trail. S'il est un spot, il n'est pas le seul. C'est justement une autre voie intéressante dans la pratique de ce beau sport : la découverte. Celle d'autres massifs, celles d'autres terrains. Les alpes sont grandes...et les alpes ne sont rien relativement aux montagnes du monde ! La vallée de Chamonix est à mon sens une belle vallée du trail, mais ce serait tellement dommage de ce point de vue d'être si restrictif.

En tout cas sur place j'aime en particulier les balcons sud et nord qui offrent à la fois plusieurs étages, de longs moments à flancs mais aussi qui permettent  à l'aide d'une préparation sur carte de monter remonter, descendre redescendre à sa guise, permettant ainsi aux plus rigoureux de planifier temps de course alliés aux dénivelés négatifs et positifs voulus. Il y a des sorties phares aussi telles La Jonction : le départ originel de Paccard et Balmat en 1786 pour réaliser la première ascension du Mont-Blanc, entre Glaciers des Bossons et Taconnaz, amène à 2589 mètres, offrant 1500 mètres d'ascension d'un seul tenant mais surtout variés (forêt, puis points de vue sur les pyramides du glacier des Bossons, puis le minéral avant de buter sur les neiges et glaces éternelles, la face nord du Mont-Blanc en gros plan sur le nez !). La redescente peut se faire avec une variante coté Taconnaz, plus technique. Le Mont Buet alias le Mont-Blanc des dames (c'est pas moi qui le dit, et je ne me permettrait pas), côté massif du Giffre derrière celui des Aiguilles Rouges. On y accède soit côté Passy via le col de Salenton, soit côté l'Eau Noire, Vallorcine, hameau du Buet, via le vallon de Bérard. En fait ce n'est pas seulement la vallée et Chamonix mais les territoires juste voisins, et ceux donc des autres communes, comme celles juste citées mais aussi Les Houches, Saint Gervais, Les Contamines, Servoz... qui permettent l'offre de ces escapades aux trailers. Sans parler des territoires suisses et Valdôtains si proches et complémentaires.

Personnellement je ne m'entraîne plus guère dans les parages car j'habite désormais dans les hautes alpes (quel diversité aussi !). Cependant j'ai l'occasion de part mon métier d'y revenir souvent et avec plaisir. Par exemple cet été j'organiserais encore 3 stages autour du Mont-Blanc pour reconnaître le parcours de l'UTMB® et en faire apprendre les ficelles. En effets c'est aussi mon métier que celui de coacher et d'entraîner les passionnés de trail. Je partage donc ma passion aussi de fait. 

Mon actualité c'est aussi en ce moment de m'entraîner avec beaucoup d'envie encore, de préparer mes stages de trail running proposés et mes ascensions sportives avec clients. Côté courses ce sera La Restonica en Corse en juillet, Cervinia X trail et Courchevel X trail fin juillet et août, le Grand Raid des Pyrénées (1) une semaine avant l'UTMB. Puis ce sera la participation au 20 eme anniversaire de la diagonale des fous à l'île de la Réunion. 

Plus près je participe au QUECHUA Festatrail dans l’Hérault le 19 mai prochain.(2)

Cette année sera la première fois où je ne prendrais pas le départ de la dixième édition de l’UTMB®. En effet j’ai l’honneur et le plaisir d’être cette fois le consultant auprès de l’organisation. Pour la course elle même, avec les animateurs au micro et à la disposition des médias, ce sera une riche et exaltante expérience.

Cela fait 17 années que je pratique officiellement le trail running. En fait je pense que je le pratiquais bien avant en allant au devant de mes parents, qui m’ont amené vers cette montagne, courant vers les sommets, les y attendant et redescendant toujours en courant jusqu’à la vallée. Cependant j’ai un parcours sportif très varié et à plus ou moins haut niveau j’ai eu la chance de pratiquer assidument différents sports d’endurance tels le triathlon (10 années), le biathlon, le raid d’orientation, le raid multisport et bien sûr l’alpinisme. Après avoir tout «testé» je me retrouve à 100% en trail running, et aussi pour mon métier, l’ayant choisi pour sa simplicité d’usage, son esprit, son terrain d’emploi et surtout sa comptabilité avec la haute montagne qui est bien celle qui m’attirera toujours le plus. Je terminerais en disant que j’ai la chance de la faire découvrir, et qui plus est, à mes compagnon sportifs, les trailers...Ceux qui voudraient aller plus loin, plus haut !

Commencer le trail en montagne, comme pour toute chose sportive, demande de la progressivité. Pour les plus jeunes je conseille tout simplement d'aborder la montagne par toutes ses facettes, sans dossards absolument. Pratiquer la montagne demande du temps pour la connaître , l'appréhender et donc l'apprécier. De plus ces différents plaisirs apporteront sur le plan physique comme une préparation générale, une endurance et techniquement ce qu'on appelle le fameux pied montagnard. Car indépendamment du physique, les meilleurs trailers font la différence sur le plan technique, en particulier sur les zones escarpées, instables et dans les descentes.

Donc jeune en âge ou dans la pratique (je connais des jeunes trailers de 50 ans !) il ne faut pas griller les étapes, et si dans une définition du trail il y a "épreuve de longue durée", celle ci est relative et on trouve tout type de distance. Il faut y aller crescendo.

Pour revenir aux plus jeunes comme les ados ou jeunes adultes, s'ils sont compétiteurs dans l'âme, alors il existe aussi les courses à pied de montagne qui sont plus courtes, plus intenses et beaucoup plus adaptées. Ou tout simplement la course à pied classique hors stade. Et ce afin de parfaire leur condition de base qui leur servira toute une carrière. Ce sport semble difficile mais ne l'ai pas tant que ça. Il impressionne de l'extérieur. Mais ce qu'il faut savoir c'est que plus c'est long et plus c'est lent. Il faut simplement un entraînement adapté pour passer ce temps à se déplacer. J'ai souvent j'habitude de dire qu'un marathon n'est pas plus dur qu'un 800 m ! (J'ai même personnellement l'impression que c'est le contraire!). Le fait aussi qu'il n'y a pas que l'aspect physique mais en plus l'aspect gestion de course et des conditions peut montrer cette difficulté supplémentaire. Mais c'est comme tout, cela s'apprend.

Pour les aficionados et inconditionnels car touchés par l'engouement et la fièvre du trail, il faut bien retenir que ce n'est pas un sport traumatisant. Je m'évertue à le prouver. En revanche il peut le devenir si l'on ne s'écoute pas ou si l'on est comme certains jusqueboutiste. Il faut savoir diagnostiquer des sur fatigue tant à l'entraînement, qu'en course. Ce n'est pas forcément évident. Mais c'est pourtant très important. C'est pourquoi un suivi est utile, ou en tout cas un ou des regards extérieurs à sa pratique.

Chamonix c'est bien. Mais c'est en même temps très restricitif. Il y a tant de coins sur la planète pour marcher courir en découvrant, pour voyager et pour sortir des snetiers encore moins battus...

(1) dans l'ordre des courses le classement fut : 5 ème, 2ème, 5ème et 2ème.

(2) l'épreuve du marathon a été annulé pour cause de météo. (sacré épisode cévenole !)